Autonomiser les filles par le sport : l'importance d'un entraînement adapté

Jenelle Maul

Avant de commencer, je crois qu'il est utile de comprendre que j'ai moi aussi déjà été une jeune athlète. Je suis une compétitrice. Je déteste perdre. Je veux être la meilleure. Mais j'enfile aussi mes pantalons une jambe à la fois, je pleure devant les films tristes et j'aime la plage par une journée chaude. Ce que je veux dire, c'est que mon point de vue ressemble beaucoup à celui d'une foule de jeunes athlètes féminines. Et ce n'est un secret pour personne : les athlètes ont besoin d'un entraîneur! 

Ma vie a changé radicalement quand j'ai eu une entraîneuse qui comprenait mon style d'apprentissage et mon approche tenace du sport. Cette compréhension lui a permis d'allumer une flamme en moi et de m'inspirer à viser plus haut. J'avais déjà été encadrée par plusieurs entraîneurs; des personnes qui remplissaient le rôle en organisant une formation, en jouant les meneurs de claque ou en offrant une rétroaction toute faite ou peu précise. Au lieu de me crier de « me mettre dans le match » ou de simplement me clouer au banc sans explication (« l'amour vache »), cette entraîneuse-là m'a prise à part et m'a offert des conseils, sa confiance en mes capacités et des changements concrets et précis à apporter pour progresser immédiatement, petit à petit. Mon état d'esprit est passé de vouloir être bonne à vouloir être excellente. Je suis devenue une joueuse de premier plan et j'ai remporté beaucoup de prix cette année-là. Tout ça parce qu'elle croyait en moi et qu'elle a pris le temps de me comprendre. 

Dès l'âge de 14 ans, les filles abandonnent le sport à environ deux fois le taux des garçons 

L'encadrement est-il la raison pour laquelle les filles abandonnent le sport à un taux plus élevé que les garçons? Peut-être bien. Les filles ont des besoins, des motivations et des réactions à l'encadrement qui diffèrent. Adopter une approche d'entraînement universelle pourrait être un facteur qui explique pourquoi les filles n'obtiennent pas le soutien dont elles ont besoin. Nous savons que garder les filles dans le sport comporte une longue liste de bienfaits. Il ne s'agit pas simplement d'être physiquement actives : il s'agit de leur offrir un espace où elles peuvent développer des compétences de vie. Le sport offre une plateforme pour bâtir la confiance, la résilience et le travail d'équipe, pour favoriser le leadership et, peut-être surtout, pour développer des amitiés durables. Nous reconnaissons l'ampleur de ces bienfaits, et pourtant nous n'arrivons pas à répondre à la question « pourquoi abandonnent-elles encore? ». 

 

 

Les filles font souvent face à des défis uniques dans le monde du sport. D'un point de vue psychologique, des études suggèrent qu'elles ont tendance à prendre la critique plus personnellement, à performer différemment selon le moment du mois et, de façon générale, à avoir besoin d'une chimie d'équipe soudée pour livrer leur meilleur match. Les filles ont tendance à s'imposer plus de pression à elles-mêmes, parfois en raison des pressions sociales et du besoin « d'être parfaites et d'avoir l'air parfaites », ce qui déborde sur leurs études, leur apparence, leurs relations et leurs activités parascolaires. Cet état d'esprit s'accentue encore davantage lorsqu'on tient compte des changements cognitifs et développementaux fondamentaux qui accompagnent l'adolescence, la construction de l'identité et les attentes de la société. Alors, que devraient faire les entraîneurs? Le changement le plus important qu'un entraîneur puisse entreprendre, c'est de créer une culture d'équipe qui célèbre les forces individuelles, qui encourage la collaboration et l'autocompassion, et qui privilégie la réussite collective plutôt que les accomplissements individuels. Je comprends qu'à première vue, on dirait que j'ai ouvert un dictionnaire des synonymes et sorti une série de grands mots au hasard. Mais au fond, l'« équipe » que vous entraînez doit fonctionner comme une « équipe ». Un premier pas peut être de distribuer un exercice de journal des pensées négatives automatiques à la fin du prochain entraînement, ou d'offrir une réponse plus empathique lorsqu'elles ratent un exercice (cela ne viendra peut-être pas naturellement à un entraîneur, mais les entraîneurs aussi ont de la place pour grandir et s'améliorer – parlez à un ou une thérapeute ou à un conseiller si cela vous semble insurmontable). Si nous aidons nos jeunes joueuses à développer un état d'esprit de croissance et à se concentrer sur le progrès plutôt que sur la perfection, elles seront plus susceptibles de vouloir se présenter à l'entraînement le lendemain. Il est temps de réécrire l'adage « c'est en forgeant qu'on devient forgeron »! 

Un autre défi unique auquel les filles font face à l'adolescence, c'est l'arrivée de leurs premières menstruations. Cela peut être effrayant, inconfortable, douloureux, imprévisible et, soyons honnêtes, tabou à aborder. Tous ces changements auront un impact, d'une façon ou d'une autre, sur leur pratique sportive. Les fluctuations hormonales peuvent influencer la performance sur le plan physique ou psychologique, entraînant parfois une baisse de rendement qui peut mener à une spirale de discours intérieur négatif si l'encadrement n'est pas adéquat. 

Quand un entraîneur a-t-il pensé pour la dernière fois à la phase du cycle dans laquelle se trouve son athlète et discuté avec elle de sa capacité pour la journée? 

Offrir un soutien émotionnel et favoriser une communication ouverte pendant que les athlètes traversent ces grands changements, c'est l'approche globale dont elles ont désespérément besoin. 

Au bout du compte, je crois fondamentalement que les filles continuent de revenir au sport parce qu'elles y prennent vraiment plaisir. Les filles s'épanouissent dans des environnements qui favorisent l'inclusion, qui respectent la diversité et qui leur permettent d'être authentiquement elles-mêmes. Ça veut dire les laisser faire les folles dans l'autobus en route vers un match, mettre en valeur leurs forces individuelles et leur montrer comment leur contribution personnelle rend l'équipe meilleure, et même leur dire « je suis fière de toi aujourd'hui ». Chaque fille veut avoir sa place à la table, et c'est aux entraîneurs de la lui donner. Les filles ne se souviendront pas de tous les matchs gagnés ni de tous les buts marqués; elles se souviendront plutôt de l'entraîneur qui a cru en elles, des coéquipières qu'elles ont eues et des expériences qu'elles ont partagées. C'est à l'entraîneur de décider quels souvenirs il laissera à ses athlètes.

En reconnaissant et en répondant aux besoins particuliers des filles dans le sport, nous pouvons créer un environnement plus inclusif, plus soutenant et plus valorisant, où chaque fille a la possibilité de s'épanouir et de réussir. Continuons de défendre les filles dans le sport, de promouvoir l'égalité des genres et d'outiller les jeunes athlètes afin qu'elles atteignent leur plein potentiel, sur le terrain comme en dehors. Ensemble, nous pouvons bâtir un avenir plus lumineux pour les filles dans le monde du sport. 

 

Publié à l'origine par notre entreprise partenaire, Omni Hockey.


Références : 

https://womenandsport.ca/resources/research-insights/fuelling-a-lifetime-of-participation/